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Un avenir plus vert
Par : Ian Bussières
Souvent critiquée pour sa production de déchets, l'industrie de l'emballage se préoccupe de plus en plus de l'environnement et de la sécurité de ses produits. Lentement mais sûrement, cette industrie entame un virage vert qui deviendra une tendance lourde au cours des prochaines années et qui devrait modifier son visage de façon importante.
Pour l'industrie de l'emballage, « l'un des plus gros défis est le mouvement vers un emballage plus vert et le développement durable ». Jim Downham, le président et chef de la direction de l'Association canadienne de l'emballage (ACE), qui compte 450 compagnies membres et 1 000 membres associés répartis dans six sections régionales, affirme aussi que « les consommateurs souhaitent de plus en plus que l'emballage soit réutilisable, que sa fabrication exige peu d'énergie et ne produise pas de gaz à effet de serre. »
Selon M. Downham, l'industrie de l'emballage montre une bonne ouverture d'esprit et n'est pas aussi réfractaire au mouvement vert que certains voudraient le laisser croire. « Plusieurs compagnies veulent prendre le virage vert et les multinationales sont de plus en plus conscientes de leurs responsabilités sociales », explique-t-il.
La sécurité dans l'emballage de la nourriture est un autre défi majeur de l'ACE, avec les récents épisodes de contamination d'épinards à la bactérie E. coli ou de nourriture pour animaux empoisonnée. «Nous avons obtenu un mandat de développer des normes pour l'emballage, ce qui sera fait au cours des prochains mois, et elles pourront ensuite être appliquées à la grandeur du Canada », souligne M. Downham.
Réduire à la source
L'organisme a travaillé en étroite collaboration avec Wal-Mart Canada afin de former 200 administrateurs et acheteurs dans le domaine du développement durable. Le géant mondial souhaite réduire de 5% l'emballage dans sa chaîne d'approvisionnement d'ici 2013 et économiser environ 11 milliards de dollars en réduisant en même temps les coûts de transport.
Selon le président national de l'ACE, Jean- Paul Clément, l'exemple de Wal-Mart devrait entraîner plusieurs entreprises du Québec à suivre la même tendance. « Les entreprises d'ici n'auront pas le choix de s'adapter, de réduire leur emballage et de s'assurer d'utiliser des produits recyclés si elles veulent que leurs produits se retrouvent sur les tablettes de Wal-Mart! », indique-t-il.
L'industrie de l'emballage au Québec, c'est plusieurs milliers d'emplois répartis dans plusieurs secteurs et dans des entreprises de toutes les tailles, de la PME jusqu'aux grandes sociétés comme Cascades ou Alcan. Il y a d'abord les entreprises qui fabriquent la matière première, par exemple les boîtes de carton ou le papier d'aluminium; celles qui utilisent ces emballages pour y insérer leurs produits; les compagnies qui se chargent du sur emballage utilisé pour livrer les caisses aux détaillants, ainsi que les entreprises qui se spécialisent dans l'impression sur l'emballage. «À titre d'exemple, le produit qu'est la bière est contenu dans une bouteille portant une étiquette. La bouteille est vendue dans une caisse, et des séparateurs de carton sont utilisés dans la caisse pour que la bouteille ne se casse pas. Tout ça fait partie de l'emballage! », indique M. Clément.
D'après lui, l'industrie n'aura pas le choix de se pencher sur la réduction des emballages superflus au cours des prochaines années. «Malheureusement, il y a encore des gens qui ont dans leur mentalité que si on fait une boîte de 12 pieds par 12 pieds pour y insérer un produit de 10 pieds par 10 pieds, le produit se vendra mieux, car il paraîtra plus gros. L'exemple de Wal-Mart devrait aider à renverser la tendance ».
Virage vert coûteux?
Le virage vert est un dossier qui préoccupe beaucoup Jean Lafontaine, propriétaire et directeur général d'Emballages E.B., qui fabrique des sacs de plastique pour les secteurs industriels et alimentaires à East Broughton, en Chaudière-Appalaches. «On sent une tendance vers le biodégradable. La technologie existe déjà pour fabriquer des sacs biodégradables, mais le problème est que les additifs qui permettent de rendre le polyéthylène biodégradable, photodégradable ou compostable sont très chers », explique-t-il.
M. Lafontaine croit toutefois que les prix diminueront graduellement à mesure que la demande augmentera. « L'avenir nous mènera vers ça. Ici, tous nos équipements sont prêts pour recevoir ces additifs », poursuit l'homme d'affaires qui se tient au courant de toutes les nouveautés, notamment les nouvelles résines qui ont envahi le marché depuis quelques années.
L'entreprise, qui emploie 25 travailleurs, s'est aussi lancée depuis quelques mois dans les applications spéciales d'emballage, notamment des gaines pour les produits de dynamitage, et dans les emballages de formes particulières pour différentes utilisations.
Marc Charlebois, propriétaire de M & M Emballage de Montréal, est lui aussi conscient de l'aspect environnemental qui prend de plus en plus d'importance dans le domaine de l'emballage et des impératifs financiers qui y sont liés. Son entreprise, qui compte six employés, fabrique des emballages cadeaux, notamment pour les boutiques de vêtements pour femmes ou de lingerie.
« Notre principal défi est de se diriger vers des sacs biodégradables, mais il est difficile de trouver des fournisseurs de plastique biodégradable à un prix abordable. On parle de trois à quatre fois le prix », explique-t-il.
À titre d'exemple, 1 000 sacs de plastique ordinaire pesant au total 60 livres coûtent 1$ la livre à fabriquer, alors que pour un sac biodégradable, on peut parler de 3$ à 3,50$ la livre! Le sac qui coûtait 6 sous au marchand passe maintenant à 21 sous!
Pourtant, depuis quelques années, les marchands et les clients des magasins réclament de plus en plus des sacs biodégradables. « L'un de mes clients m'a dit que plusieurs de ses clients quittent son commerce sans prendre de sac, car ils veulent avoir un sac biodégradable ou rien du tout! », souligne M. Charlebois, qui ne distribue que des sacs recyclés à 100%.
Ce dernier remarque également que les marchés d'alimentation du Québec vendent de plus en plus de sacs réutilisables et que cette tendance est mondiale. « Je suis allé en Allemagne et j'ai remarqué que là-bas, il n'y a plus de sacs de plastique! Les gens amènent des boîtes et des sacs réutilisables lorsqu'ils vont faire leur marché. »
« Je dois avouer que ça m'a stressé un peu! Dans dix ou quinze ans, j'ai peur que mon commerce n'existe plus! Présentement, les ventes n'ont pas encore diminué, mais je sais que c'est ce qui se produira si nous ne prenons pas le virage vert. J'aimerais pouvoir offrir dès maintenant des sacs biodégradables. Ce serait un gros casse-tête de réglé! Les jeunes qui sont à l'école aujourd'hui sont de plus en plus sensibilisés à l'environnement et ce sont les consommateurs de demain », poursuit-il.
Des sacs bio
Une entreprise qui a déjà su profiter du virage vert dans le domaine de l'emballage est Natursac de Desbiens, au Saguenay. Lancée en 2007, l'entreprise se spécialise justement dans la fabrication de sacs d'épicerie en polymère biodégradable et produit de 150 à 200 millions de sacs par an, ce qui est nettement insuffisant puisque la demande est deux fois plus importante. La jeune entreprise doit donc déjà envisager des phases d'expansion.
Natursac, qui a ratifié des ententes avec plusieurs chaînes de supermarchés du Québec, dont Métro-Richelieu et Intermarché, ajoute un additif au polyéthylène traditionnel qui permet sa transformation en carbone et sa biodégradation par les micro-organismes qui se nourrissent du carbone organique et ne laissent comme composants résultants que de l'eau, du gaz carbonique et de la biomasse.
Natursac prétend donc que son procédé de biodégradation n'a aucune influence néfaste sur l'environnement, les végétaux et les micro-organismes, en plus d'éliminer la pollution créée par la dégradation sur plus de 380 ans des sacs traditionnels, la pollution externe créée par des sacs envolés et dispersés dans la nature ou la pollution marine créée par des sacs flottants ou à moitié immergés.
« On a une énorme demande pour les sacs bio, puisque tout le monde essaie de contribuer à la protection de l'environnement. Je crois que cette tendance se maintiendra encore longtemps », indique Anita Tessier, directrice commerciale chez Natursac.
Employés recherchés
Pour relever le défi du virage vert, l'industrie devra développer de nouveaux emballages et aura besoin de techniciens et d'ingénieurs pour y arriver. « L'idée sera d'inventer des emballages plus écologiques à des prix abordables. Il faudra donc être créatif! », souligne Jean-Paul Clément.
L'industrie québécoise de l'emballage aura également besoin de main-d'oeuvre dans plusieurs autres secteurs, notamment celui des manoeuvres, mais aussi de gens capables de faire fonctionner les différentes machines. La pénurie de pressiers commence également à inquiéter M. Clément. « Pour les compagnies qui se spécialisent dans l'impression sur emballage, il est très difficile de trouver de bons pressiers. Avec le vieillissement de la population, on se demande si cette profession ne deviendra pas comme celle de plombier où on manque vraiment de main-d'oeuvre, car il n'y a pas suffisamment de jeunes attirés par le métier », se questionne le président de l'ACE.
Natursac, qui emploie présentement 20 employés à Saguenay et prévoit en engager d'autres prochainement, a quelques difficultés à recruter pour certains postes spécialisés. « Nous cherchons des extrudeurs dans le domaine de la plasturgie, mais nous n'en trouvons pas. Le Collège Ahuntsic en forme quelques-uns, mais ce n'est pas suffisant. Il faut donc les former en entreprise, ce qui est beaucoup plus long », poursuit Mme Tessier.
Chez Imaflex, qui fabrique dans son usine de Montréal de la pellicule de polyéthylène utilisée à 90% dans l'industrie alimentaire, on éprouve aussi des difficultés à recruter des employés d'expérience, comme l'indique Colette Bovy, responsable des ressources humaines.
« C'est un secteur où il n'y a pas vraiment de formation dans les écoles », indique-t-elle en signalant que la formation à l'interne vient remédier à cette situation. « Chez nous, les postes de départ sont des postes à l'emballage. Ensuite, selon l'intérêt de l'employé, il pourra obtenir un poste de contrôleur ou de préposé au contrôle de la qualité, puis d'opérateur adjoint ou d'opérateur », poursuit Mme Bovy. «On ne devient pas opérateur du jour au lendemain! Il faut de l'expérience, puisque nous utilisons un procédé particulier qu'on appelle “par ballon” où l'opérateur utilise une extrudeuse qui chauffe la résine. Ça prend environ un an et demi avant de pouvoir obtenir un poste d'opérateur de niveau un », ajoute-t-elle. Une fois la pellicule fabriquée et roulée sur un rouleau, Imaflex la vend à ses clients qui en font divers produits, par exemple des sacs à pain.
Située tout près du Cégep de Thetford, où l'on offre un programme de techniques de transformation des matières plastiques, Emballages E.B. a la chance de bénéficier d'une pépinière de futurs employés à proximité. «Nous avons parfois essayé de recruter à l'extérieur, entre autres dans la région de Montréal, mais les employés avaient parfois le mal du pays et repartaient dans leur ville d'origine », explique M. Lafontaine.
Ce dernier avoue qu'il doit également offrir de la formation à l'interne dans certains domaines. « Quand vient le temps de faire l'impression sur les sacs, il ne se donne aucun cours là-dessus. Ce sont nos employés plus expérimentés qui forment les nouveaux dans ce domaine. »
Non seulement Emballages E.B. éprouve peu de difficulté à recruter, mais l'entreprise, qui a ouvert ses portes en 1978, réussit à conserver sa main-d'oeuvre. « En fait, nous avons plusieurs travailleurs qui sont là depuis le début. Le premier que nous avons embauché en 1978 a pris sa retraite l'an passé! », explique M. Lafontaine.
Cette situation crée cependant un autre « problème », soit que la majorité des travailleurs d'Emballages E.B. ont de quatre à six semaines de vacances par an. « Nous nous en sortons en fermant durant les vacances de la construction et aux Fêtes pour faire la maintenance de notre équipement », explique-t-il.
Nouvelles perspectives
En pleine effervescence, l'industrie de l'emballage continuera à évoluer au cours des prochaines années au rythme des divers projets qui la stimule et des nouvelles préoccupations environnementales.
L'Association canadienne de l'emballage contribue également à la formation. Quarante-sept employés de Montréal et de Toronto ont récemment obtenu leur certificat en emballage d'une durée de 14 jours. Un programme accéléré en emballage d'une durée de quatre jours est présentement prêt à débuter en Alberta. Initiés par l'ACE, ces deux programmes font connaître les dernières technologies et tendances.
Un institut de technologie de l'emballage et du génie alimentaire verra bientôt le jour à Montréal avec comme mandat d'accompagner les entreprises dans leurs projets d'innovation. Comme les entreprises cherchent des emballages moins coûteux et plus performants, notamment en ce qui a trait aux aspects environnementaux, la naissance d'un tel organisme répondra à un besoin certain de l'industrie tout en suscitant l'intérêt des jeunes pour les métiers de ce secteur.
Finalement, d'autres initiatives laissent également prévoir un avenir plus vert pour l'industrie de l'emballage, notamment un projet comme celui de BioMatera, au Saguenay, qui fabrique un polymère biodégradable à base de sucre pouvant être utilisé dans les industries d'emballage pharmaceutique et alimentaire. Les produits de BioMatera prendraient quatre mois à se désintégrer plutôt que quelques centaines d'années comme les produits à base de pétrole.
BioMatera vise la construction d'une usine de production industrielle qui devrait produire au départ 8 000 tonnes de plastique biodégradable annuellement et, à plus long terme, voir ce tonnage passer à 80 000 par an.
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