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L'avenir prometteur des fontaines de Jouvence
Par : Francine Bordeleau

Au XXIe siècle, le désir d'une apparence éternellement jeune s'accompagne de préoccupations de santé. Car le cancer, le diabète, l'obésité frappent de plein fouet les baby-boomers et la condition des jeunes générations inquiète. Ce contexte favorise, et continuera de favoriser, plusieurs secteurs d'activité.

Avec plus de 180 000 exemplaires vendus au Québec, Les aliments contre le cancer de Richard Béliveau et Denis Gingras, deux éminents chercheurs en cancérologie, compte parmi les best-sellers les plus improbables des dernières années. Cet ouvrage de vulgarisation scientifique publié en 2005 par Trécarré, propriété de Quebecor, a certes bénéficié de la puissance médiatique de l'empire. N'empêche : le cancer est la hantise des temps postmodernes, et ceci explique cela.

« Les liens entre l'alimentation et la santé sont très clairs. Et puisque tout le monde mange, l'alimentation nous apparaissait comme le facteur le plus facilement modifiable. Nous avons donc choisi d'expliquer ce qu'est le cancer tout en mettant en évidence, et de façon plaisante, les aliments susceptibles de le prévenir », dit le Dr Béliveau.

L'ouvrage s'attarde au rôle des molécules antiangiogéniques et aux vertus anticancérigènes de certains aliments, en particulier les fruits et les légumes : un groupe que privilégient aussi les campagnes médiatiques gouvernementales. « Nous sommes au bon endroit au bon moment », se réjouit donc Daniel Vielfaure, vice-président exécutif d'Aliments Carrière, grande entreprise de 1 500 employés bien connue pour ses fruits et légumes surgelés commercialisés sous la marque Arctic Gardens.

Les fruits et légumes servent d'abondance l'industrie florissante des cosmétiques. Un exemple : les produits issus de la « cosméto-nature » de Fruits & Passion, dont une gamme « Soins Visage » axée notamment sur le pouvoir antioxydant du raisin Chardonnay. Olay mise plutôt sur la résonance très « tendance » qu'a prise le thé vert pour annoncer sa dernière crème anti-âge. En fait, les découvertes sur les ingrédients actifs d'aliments viennent dynamiser autant la mise en marché des yogourts, dont le nombre de variétés ne cesse d'augmenter, que celle des produits de beauté.

Parlez-vous lactobacillus acidophilus?

En 1980, Michel Mourani et Faiçal Farhat, deux Libanais d'origine, faisaient le tour des fruiteries et des magasins spécialisés avec leurs produits à base d'hummus sans agents de conservation. Aliments Fontaine Santé est aujourd'hui une PME de 175 employés, « en croissance constante depuis le début », dit le coordonnateur du marketing Jean-François Collette, dont les produits sont distribués dans les grandes chaînes du Québec, du Canada et de cinq États américains. « Les nutritionnistes scolaires nous invitent, des hôpitaux utilisent nos produits... On sent vraiment une mouvance sociale vers l'alimentation santé », poursuit M. Collette.

Et la concurrence est devenue vive. Luc Labbé, fondateur en 2000 de Soylutions, qui fabrique dans son usine de Québec des boissons de riz, de soya et d'avoine commercialisées sous les marques Yü et Earthshake, est bien placé pour le savoir. À l'heure actuelle, Soylutions tire 70% de son chiffre d'affaires de la fabrication pour des marques privées, soit celles des distributeurs. Dans le sillon des aliments santé, d'abord creusé par les PME, s'est engouffrée la grande entreprise qui exploite des gammes « bio » tout en multipliant les produits avec probiotiques ou sans gras trans.

Nombre de ces aliments affichent le logo du programme Visez santé de la Fondation canadienne des maladies du coeur. « Nous évaluons la teneur en sel, en gras et en fibres des produits soumis par les transformateurs, au moyen de critères basés sur le Guide alimentaire canadien pour manger sainement », précise Danielle Côté, consultante en communication pour le programme Visez santé. Ce programme, connu de près de 75% des consommateurs, n'est pas sans exercer une certaine influence sur l'industrie, car « à la suite de nos commentaires, des entreprises reformuleront leurs produits afin que ceux-ci se qualifient », assure Mme Côté.

En fait, la « tendance » des aliments santé n'est plus guère mise en question, et l'industrie multiplie l'offre, au risque que le consommateur s'y perde. La prolifération de l'offre donne une bonne mesure des efforts en recherche et développement (R&D). À cet égard, l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels de l'Université Laval (INAF) est passablement sollicité : n'est-ce pas lui qui a mis au jour la notion d'aliment fonctionnel, encore inconnue il y a seulement dix ans?

« L'aliment fonctionnel, c'est celui auquel on a ajouté des éléments susceptibles d'améliorer la santé - selon le dosage nécessaire pour obtenir des bienfaits -, et qu'il ne contient pas à l'origine », résume Yves Pouliot, directeur de l'INAF. En transformation - l'un des axes de recherche de l'organisme -, on introduit ces molécules bioactives dans les aliments. « Les produits laitiers constituent d'excellents véhicules pour ces molécules », ajoute M. Pouliot. D'où, jusqu'à un certain point, la prolifération sur le marché de laits et de yogourts aux allégations variées.

Avec les probiotiques, « les petits fruits constituent une avenue de recherche très prometteuse en raison de leurs propriétés antioxydantes avérées, propriétés qui atténuent la dégénérescence entraînée par le vieillissement », poursuit le directeur de l'INAF. Les antioxydants exercent d'ailleurs un attrait grandissant sur la population générale, et l'industrie a pris le train en marche.

La nature... transformée

Les fruits et légumes sont des aliments antioxydants et anticancérigènes par excellence. Pourtant, révélait Statistique Canada en juin 2007, la consommation de légumes frais a baissé en 2006 à l'échelle canadienne de 1,3 kg par personne par rapport à 2005. En outre, les 66,5 kg achetés par personne en 2006 représentent une diminution de 7,5 kg par rapport à 2001.

Marie Gosselin, directrice des ventes et de la mise en marché chez Savoura, producteur de tomates de serre - et le plus important serriculteur québécois, avec environ 300 employés -, le constate dans son domaine. « La consommation de la tomate, pourtant parmi les légumes les plus populaires, a diminué au cours des dernières années, et on n'a pas vraiment d'explications », admet-elle. Richard Béliveau, lui, ne s'émeut guère de ces résultats. « La promotion d'une saine alimentation a des effets à long terme. Et en plus, cette promotion reste timide, comparée au matraquage publicitaire de l'industrie de la malbouffe. »

En revanche, « les légumes surgelés connaissent une croissance assez importante depuis cinq ans », assure Daniel Vielfaure. Leur aspect pratique séduit : ils se préparent rapidement et ont plusieurs applications. Les mélanges thaïlandais, californien et autres - « inventés par nous », insiste M. Vielfaure - constituent plus de 50% des ventes d'Arctic Gardens. Pour les célibataires ou les couples sans enfants, ils présentent l'avantage indéniable d'éviter l'achat de plusieurs légumes pour la réalisation d'une recette.

Savoura connaît de son côté un beau succès avec ses collations individuelles à base de tomates cerises. « La demande dépasse nos prévisions », dit Mme Gosselin. Le prêt à manger et le prêt à l'emploi sont des tendances lourdes, en raison du travail, de la diminution de la taille des ménages et de la perte des habiletés culinaires. « Ce domaine ne cesse d'innover en fonction des résultats des études. Les légumes surgelés, dont la texture s'améliore grâce à de nouvelles techniques, et les légumes frais prêts à l'emploi (salades mélangées, bâtonnets de céleri et de carotte, etc.) sont la réponse santé de l'industrie pour les consommateurs pressés », remarque Christine Jean, directrice technique au Conseil de la transformation alimentaire et des produits de consommation.

Avec ses quelque 1 500 établissements et 75 000 emplois, la transformation alimentaire est un moteur économique important, mais un peu en mal de vocations, affirme Mylène Blanchard, professeure à l'Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe. « La course à des aliments toujours plus santé ainsi que les exigences en matière de traçabilité des aliments, de biosalubrité, de certification biologique créent une demande accrue pour les technologues », évalue-t-elle.

Sans compter que les aliments santé conduisent à des tendances dérivées, en quelque sorte. « Les individus font clairement le lien entre l'alimentation et leur condition, d'où des séries de produits nutritionnels pour des créneaux de plus en plus pointus, par exemple les personnes âgées », dit

M. Pouliot. Le poids démographique de cette clientèle incite l'industrie à lui accorder davantage d'attention. On prend par exemple acte du fait que le goût s'atténue avec l'âge. Le sel étant devenu tabou, d'autres solutions doivent être trouvées.

L'industrie du luxe nécessaire

Les personnes âgées et d'âge mûr sont aussi courtisées depuis peu par l'industrie des cosmétiques. L'Oréal a marqué le pas en choisissant l'actrice Diane Keaton, 61 ans, comme l'une de ses porte-parole. Par ailleurs, Euromonitor International, une firme qui analyse des tendances en matière de consommation, voit dans les 65 ans et plus un marché aussi négligé que réceptif, et prédicteur des comportements des baby-boomers.

Les cosmétiques comprennent le maquillage, les crèmes diverses, les parfums, les savons, les huiles de bain, les désodorisants ainsi que les produits capillaires, dépilatoires et d'hygiène buccale, bref, toutes les préparations ou substances non pharmaceutiques qu'on applique sur la peau, les cheveux ou les dents dans le but de les embellir, d'en maintenir ou d'en améliorer l'état ou de les parfumer. Les produits de soins du visage, depuis toujours la grande manne d'un marché mondial évalué en 2005 à 254 milliards de dollars, apparaissent maintenant comme un intarissable Klondike en raison du vieillissement de la population.

Proctor & Gamble et L'Oréal accaparent respectivement 13% et 10% du marché mondial en jouant autant sur des marques de masse que de luxe (Olay, Ivory, Cover Girl, Gillette ou Hugo Boss pour P&G; Maybelline, Garnier, Ralph Lauren ou Lancôme pour L'Oréal). Quant à la centaine d'entreprises qui forment le secteur canadien des cosmétiques, la majorité sont des PME et plusieurs sont associées à un groupe étranger ou fabriquent les produits des marques privées. D'autres, en raison de leurs activités, sont plutôt apparentées aux biotechs pharmaceutiques ou des produits naturels, de sorte qu'un portrait précis est difficile à établir.

Le secteur traverse actuellement une période faste, en particulier grâce aux produits de soins corporels. « Une tendance se dessine nettement en faveur des produits qui offrent une “performance”, qui ont un pouvoir traitant : ils montrent une très forte croissance depuis quatre ou cinq ans », affirme Ryan Rocheford, directeur des communications chez Lise Watier cosmétiques.

Les fameux instituts fondés en 1972 par Mme Watier sont maintenant des franchises. Les efforts de l'entreprise de 165 employés se concentrent sur la fabrication ainsi que sur le maintien de la marque (parfums, maquillage, soins du visage) dans un marché ultra-compétitif. « Juste pour les parfums, environ 280 nouveaux sont lancés à l'échelle mondiale dans une année. Aussi les chances de rester, de devenir un “classique” sont-elles minces », dit M. Rocheford.

Afin de se démarquer en matière de maquillage, un sous-secteur qui présente « un potentiel de croissance moindre », Lise Watier crée quatre collections par année. L'impression de constante nouveauté permet de susciter l'intérêt. Celui de la presse beauté d'abord, cette incontournable courroie de transmission auprès de consommatrices enclines à changer de parfum, de maquillage et même de marque, selon les circonstances.

Le prix n'est pas toujours un facteur décisif : Dior, Lancôme, Chanel ou Lise Watier, qui se définit justement comme étant « à l'entrée du prestige », multiplient les comptoirs dans les magasins à grande surface, ces royaumes de la consommation de masse. En revanche, Fruits & Passion - 500 employés après 15 ans d'existence - « se distingue par une expérience en boutique », précise Brigitte Roy, vice-présidente au marketing. Cette entreprise de la région montréalaise, « spécialisée dans les produits de soins corporels, de parfumerie et d'ambiance maison utilisant des ingrédients naturels aux bénéfices prouvés », compte 155 boutiques dont 14 en France, 13 à Taiwan et, depuis août, 1 au Royaume-Uni.

La R&D occupe une place importante dans le secteur - mais moindre que celle, énorme, prise par le marketing. « La mise au point d'un produit demande la contribution de chimistes, de biochimistes, de biologistes, de dermatologues et de formulateurs. Le processus peut être très long : tout est fonction du nombre d'essais cliniques et de tests nécessaires », résume ainsi la chimiste Maria Elkurdi, chef de projet en recherche et développement chez Dermo-Cosmétik.

Ce laboratoire montréalais est associé à G.M. Collin, une marque française spécialisée dans les crèmes amincissantes et antirides à l'usage exclusif des centres d'esthétique et des spas : un créneau qui enregistrerait depuis quelques années « une croissance annuelle minimale de 15% », affirme Mme Elkurdi.

Le Contour Yeux Bota-peptide de G.M. Collin entraînerait notamment « une diminution de 23% du nombre de rides » et « une diminution de 30% de la surface totale des rides ». « Les entreprises reconnues font beaucoup de recherche et sont généralement très précises au chapitre des allégations, commente la chimiste Aida Naguib, consultante en contrôle et assurance qualité. Par exemple : le produit diminue-t-il l'apparence des rides ou les élimine-t-il? On s'embarrasse de nuances, car la crédibilité de la marque est en jeu. »

Les cosmétiques sont souvent à la frontière de la pharmaceutique : une concentration trop élevée en vitamine E - un antioxydant très populaire - peut transformer une crème en « cosméceutique ». Cela oblige à l'obtention d'un « DIN » (Drug Identification Number) de Santé Canada : une garantie de qualité, estime Mme Naguib, qui peut toutefois s'avérer coûteuse. « Dans ce cas, le processus de développement s'étend sur 12 à 18 mois, alors qu'il est de 4 à 6 mois pour un simple cosmétique. Les concurrents ont donc tout le temps de prendre les devants. »

Le formulateur, le responsable du contrôle de la qualité et l'expert en affaires réglementaires constituent le noyau scientifique de base. Il peut s'agir de trois chimistes. À cet égard, Maria Elkurdi déplore l'absence de formation supérieure en cosmétologie au Québec - l'université la plus proche est celle de New York -, qui aurait pour conséquence « un gros manque de formulateurs ». ç

Bistouri et tapis roulant

Les femmes constituent toujours le marché privilégié de l'industrie, mais les hommes commenceraient à utiliser des produits un peu plus sophistiqués que les seuls après-rasages. « On apprend au personnel en marketing à s'adresser aux hommes », dit d'ailleurs Brigitte Roy. Fruits & Passion et Dermo-Cosmetik font partie des entreprises québécoises qui leur dédient une gamme de soins pour le visage, gammes dûment annoncées à l'occasion de la fête des Pères!

Les spas aussi voient augmenter leur clientèle masculine. Mais sûrement pas les cliniques de chirurgie esthétique, fréquentées par les hommes dans une petite proportion d'environ 10%. Leurs principaux soucis : les signes faciaux du vieillissement et les bourrelets au niveau de la taille, estime le Dr Eric Bensimon, membre du Comité exécutif de l'Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique, rattaché à la Clinique d'esthétique St-Joseph, à Montréal.

« Les Québécoises, dont une bonne proportion de jeunes, sont plutôt grandes consommatrices de chirurgie esthétique, et le marché est en croissance depuis 20 ans », dit-il. En tête de liste : les augmentations mammaires, les liposuccions, les abdominoplasties et les interventions au visage (dont des traitements non chirurgicaux comme le Botox).

La chirurgie esthétique est devenue plus accessible - coût moyen d'une abdominoplastie : 6 000 $ -, affirme encore le Dr Bensimon, et s'adresse aussi à la classe moyenne. « Les femmes y gagnent généralement une augmentation de l'estime de soi ainsi qu'une amélioration de leur vie personnelle et sexuelle. Elles considèrent la chirurgie comme un investissement dans leur bien-être. »

La centaine de chirurgiens plasticiens que compte actuellement le Québec ne suffit pas à combler tous les besoins. Les trois quarts d'entre eux ont une pratique mixte, à la fois privée et hospitalière. Plusieurs ont une surspécialité (la chirurgie maxillofaciale dans le cas d'Eric Bensimon), et leurs opérations spectaculaires au chevet des grands brûlés ou des grands blessés - comme la transplantation d'un visage réalisée par des chirurgiens français en 2006 - fascinent. « L'effet pervers : les gens croient que tout est possible », dit le Dr Bensimon.

Or, la chirurgie esthétique ne fera rien pour les personnes accusant un surpoids important et désireuses de se débarrasser des bourrelets qu'elles jugent disgracieux. La croissance de ce marché ne témoigne donc pas tant de l'augmentation des cas d'obésité, cependant bien réelle, que des préoccupations d'ordre esthétique.

Ces préoccupations n'ont pas incité les Québécois à fréquenter davantage les centres de conditionnement physique. « La clientèle reste stable depuis 20 ans », remarque Marie-Josée Després, vice-présidente aux ressources humaines chez Nautilus Plus. « Et ce n'est pas parce que les gens font de l'exercice en musique à la maison! Mais si on n'est pas plus actif, en revanche on l'est mieux. »

Les « actifs » veulent obtenir de vrais résultats, et entament un programme avec des objectifs précis. « Aussi les services spécialisés se développent-ils à une vitesse incroyable », dit Mme Després. L'instructeur « privé », qui suit le client durant toute la séance, est un luxe que plusieurs n'hésitent pas à s'offrir. Les programmes s'adaptent aux conditions particulières. « Nous sommes à même de proposer jusqu'à des “forfaits diabète” », souligne Mme Després. Faire l'épicerie est un problème? En ce cas, on pourra être accompagné d'une nutritionniste...

La demande en services plus pointus et élaborés influe sur les besoins en personnel. Les physiothérapeutes, kinésiologues et autres spécialistes de l'activité physique sont les bienvenus, de même que les nutritionnistes-diététistes, tous des professionnels que le réseau de la santé recherche aussi. L'accroissement du nombre de maladies chroniques et le vieillissement de la population exercent en effet une pression non seulement sur les effectifs médicaux, à peu près tous en pénurie jusqu'en 2010, mais aussi sur plusieurs types de professionnels rattachés à la réadaptation physique et à l'alimentation.

Les nutritionnistes à la rescousse

La pénurie guette aussi les nutritionnistes-diététistes, ces spécialistes de l'alimentation et de la nutrition humaine « devenus dans le réseau public des ressources pour lesquelles les listes d'attente sont souvent très longues », dit Paul-Guy Duhamel, président de l'Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ).

Les 2 300 diététistes québécoises - la profession est féminine à plus de 90% - ne suffisent plus à la tâche. L'OPDQ veut même susciter des vocations! Environ 60% travaillent dans le réseau de la santé, où elles utilisent la science complexe de la nutrition pour élaborer des diètes visant à optimiser les traitements des personnes atteintes de cancer et d'autres grands malades. Leur expertise sert autant pour les politiques de nutrition publique que pour les consultations en cabinet privé. « Sans oublier l'industrie bioalimentaire », ajoute M. Duhamel.

L'industrie les sollicite de plus en plus, à la fois pour l'élaboration et la promotion de produits. Les plus « médiatiques » servent de porte-parole - ou de cautions - dans les publicités. « C'est l'objet de discussions à l'Ordre, admet M. Duhamel. Il reste que nos membres sont soumises à un code de déontologie et que jusqu'à maintenant, on ne les a pas vues s'associer à des produits nocifs. »

En somme, estime le président de l'OPDQ, mieux vaut que les nutritionnistes collaborent avec les transformateurs, afin de les influencer de l'intérieur. Certains, comme Aliments Carrière, passés dans le giron du géant européen Bonduel en août 2006, estiment faire partie de la solution plutôt que du problème. « Nos légumes sont cultivés au Québec et surgelés moins de deux heures après la cueillette. Ils ont par conséquent plus de valeur nutritive qu'un légume produit en Amérique du Sud ou en Asie, et consommé après avoir passé des jours dans un conteneur. Seul un légume frais du Québec consommé en saison peut être plus santé », affirme Daniel Vielfaure.

Reste que, comme le dit Yves Pouliot, « il faut composer avec le fait que l'entreprise privée est là pour faire de l'argent ». Le directeur de l'INAF craint ainsi « une banalisation des aliments fonctionnels, susceptibles d'être invoqués à tout propos ». Les nutritionnistes sont justement bien placées pour faire de l'éducation populaire, estime M. Duhamel. Dans la foulée, l'OPDQ revendique aussi auprès du gouvernement un train de mesures, comme des cours offerts dès le jeune âge afin de favoriser l'apprentissage de notions et d'habiletés culinaires de base.

Chose sûre : l'alimentation, grand déterminant de santé, restera longtemps à l'ordre du jour. Le vieillissement aussi. Cette double préoccupation est assurément bonne pour les affaires! Mais peut-être pas pour de nouveaux spas : le marché commence à être saturé, constate René Kirouac, chargé de projet au Conseil québécois des ressources humaines en tourisme. « En revanche, le tourisme d'aventure “douce” est en hausse. » En raison - s'en étonnera-t-on? - de l'âge des touristes.


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