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Quelques jours d'activités, de multiples retombées
Par : Marlène Lebreux

Chaque année, les événements culturels s'animent par centaines aux quatre coins de la province. De lamise en scène historique des rues du Vieux-Québec durant les Fêtes de la Nouvelle-France à l'occupationmonstre des terres beauceronnes pendant la réplique du célèbreWoodstock, en passant par l'animationmusicale de la métropole à l'occasion des Francofolies, de nombreuses festivités du paysage culturel québécois n'ont plus besoin de présentation. Tour d'horizon de cette industrie dont l'effervescence et la notoriété font boule de neige dans plus d'une sphère d'activité.

Filon stratégique de l'offre touristique, les festivals, les fêtes et les activités diverses forment le capital culturel et festif d'une région pour des touristes qu'elle espère toujours plus nombreux. Le jeu de la concurrence semble d'ailleurs inévitable. La forte concentration estivale des festivals - 70% de ces fêtes populaires battent leur plein sous le soleil de l'été! - exige des organisateurs le développement d'une programmation toujours plus surprenante, car rayonnent de multiples autres festivals en Ontario, aux États-Unis et dans les autres régions québécoises.

L'analyse du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), dont 21 grands événements québécois ont fait l'objet en 2004, confirme que plusieurs villes deviennent des destinations de choix grâce à leurs festivités. Elle rapporte que, en plus des quelque 81 M$ qu'ils génèrent en revenus fiscaux, les nombreux touristes qui participent à ces événements profitent aux secteurs de l'hébergement, du transport et de la restauration. Ainsi, le salaire et les emplois des serveurs, des cuisiniers, des maîtres d'hôtel et des gérants de restaurant, entre autres, dépendent grandement des généreuses dépenses touristiques.

Saint-Tite, une ville de près de 4 000 habitants, attire à son Festival western pas moins de 480 000 visiteurs. « Ces dix jours d'activité ont des retombées économiques exceptionnelles dans la ville. On parle de près de 50 M$ », affirme Claudia Bellegarde, agente aux communications dans le cadre de cette fête annuelle où danse country et rodéo sont à l'honneur. Durant cette période d'extrême affluence, les propriétaires de commerces font des affaires d'or! Ils n'hésitent pas à transformer les postes à temps partiel en postes à temps plein et à embaucher du personnel supplémentaire.

De son côté, le Carnaval de Québec fait de la Vieille Capitale l'incontournable rendez-vous hivernal durant les premières semaines de février. Sa 53e présentation annuelle, qui a généré des retombées directes de 34 M$ dans la ville, aurait incité plus de 900 000 visiteurs à venir s'amuser avec le célèbre Bonhomme à la ceinture fléchée!

Les événements de plus petite envergure participent également à la vigueur économique de leur région. « On remplit des hôtels au complet. Trente pour cent de notre clientèle habite à 40 km et plus de Saguenay, s'enthousiasme Julie Dufresne, directrice générale du festival Regard sur le court métrage, qui se déroulera cette année en mars. Une analyse réalisée, il y a six ans, par l'Association touristique régionale établissait à 500 000 $ les retombées économiques du festival dans la région. Soulignons qu'à cette époque l'événement attirait seulement 6 000 personnes. Aujourd'hui, on atteint les 20 000 visiteurs. On peut donc facilement imaginer que l'apport du festival à l'économie de notre milieu est encore beaucoup plus important. »

Le financement : casse-tête des maîtres d'oeuvre

L'aide financière provenant des gouvernements fédéral, provincial et municipal, des grandes sociétés d'État (Loto-Québec, Société des alcools du Québec, Hydro-Québec) et des commanditaires privés joue un rôle majeur dans la mise en branle des événements culturels. Elle représente une part importante du budget d'exploitation des petits comme des grands.

Rarement récurrentes, les ressources financières demeurent une préoccupation constante pour les organisateurs d'événements. « Chaque année est une nouvelle aventure. Les demandes de subventions sont un exercice à recommencer. Les jours qui suivent la fin des célébrations, on doit déjà penser à l'année prochaine », fait savoir France Gendron, coordonnatrice au Festi Jazz international de Rimouski.

Dans cette course aux bailleurs de fonds, certains gagnent, d'autres perdent. Aux Îles-de-la-Madeleine, le sixième Rendez-vous aventure, une compétition spectaculaire de kitesurf réunissant des athlètes d'une vingtaine de pays, a dû être annulé, faute de financement. « On doit malheureusement fermer nos livres. À l'an prochain? On l'espère, mais rien n'est certain », a-t-on affirmé à la direction de l'événement.

Des équipes au coeur de l'événement

Depuis maintenant trois ans, la Coalition des festivals canadiens fait pression auprès des instances fédérales et provinciales afin de les sensibiliser à l'importance de soutenir financièrement le secteur des festivals. En effet, les quelque 240 festivals québécois génèrent beaucoup plus de retombées qu'ils ne demandent d'investissements. Le milieu est économiquement stimulant et généralement créateur d'emplois. Il procure annuellement l'équivalent de 18 000 emplois à temps plein.

« L'organisation a pris de grandes proportions, affirme Mme Bellegarde du Festival western. Elle emploie maintenant huit personnes à temps complet, et ce, 12 mois par année. L'équipe vient tout juste de s'adjoindre une nouvelle secrétaire-réceptionniste. » De plus, elle précise que, du printemps à l'automne, une vingtaine d'employés saisonniers s'ajoute à l'effectif de base et que 125 employés temporaires sont également recrutés pendant le festival pour accomplir des tâches liées à la boutique officielle, au camping, à la sécurité, aux kiosques d'information et au contrôle des entrées aux estrades.

Fait commun à tous les festivals, au fur et à mesure que s'approche la date ultime, la composition de l'équipe d'artisans (personnel à temps plein, à temps partiel, employés pour l'été, bénévoles, etc.) qui travaillent dans les coulisses de l'événement prend de l'expansion.

Martin Leblanc, coordonnateur du Maximum Blues de Carleton, en Gaspésie, est le seul employé à temps plein dans l'organisation de cet événement qui a lieu en août depuis 15 ans. Il travaille en étroite collaboration avec un conseil d'administration composé de gens d'affaires de la région. Pour lui prêter main-forte deux ou trois mois avant l'événement, un coordonnateur à la logistique est embauché. « Une vingtaine d'emplois d'été sont aussi créés. Ce sont des postes touchant la surveillance, la régie de scène, la machinerie, etc. De mon côté, je m'occupe des demandes de subventions, de la coordination des différents kiosques, de la diffusion d'information sur le Web, de la location d'infrastructures. Une douzaine de chapiteaux sont nécessaires… Bref, je m'assure que tout soit en place pour le lancement de cette grande fête sur les rives de la Baie-des-Chaleurs. On doit être prêt; aucun délai ne peut être accordé », dit-il, ne tarissant pas d'éloges sur la disponibilité et la contribution de 200 autres précieuses ressources : les bénévoles!

« Que ce soit pour assurer la surveillance des lieux, accueillir les participants, informer les visiteurs ou encore aider à la logistique, l'apport des bénévoles est considérable. Beaucoup de temps et d'énergie sont investis pour leur recrutement. Et heureusement pour nous, ils sont fidèles! » tient à préciser à son tour Mme Gendron. Réalisé il y a quelques années déjà, le rapport d'enquête de l'Observatoire de la culture et des communications sur 32 festivals et événements culturels du Québec indiquait qu'en moyenne leur organisation reposait sur l'engagement de plus d'une soixantaine de bénévoles. Au cœur de l'événement, ces personnes considèrent leurs activités comme une façon de rencontrer des artistes, de parfaire leur expérience professionnelle et surtout de participer à un projet collectif grâce auquel s'expriment fièrement les couleurs de leur milieu.

Des entreprises à l'avant-scène

Les entreprises spécialisées dans la location et l'installation d'équipement de même que les artistes et autres spécialistes des arts de la scène tirent également profit de la ronde des festivals. Le développement du secteur leur donne l'occasion de décrocher d'intéressants contrats.

C'est le cas d'une entreprise comme ABP Locations, qui parcourt les régions de Montréal, de Québec et de Sherbrooke pour fournir aux festivals des chapiteaux en tous genres. « Nos services sont demandés lors de grands événements comme le Festival plein air de Montréal au parc Jean-Drapeau et le Festival de montgolfières de Gatineau, par exemple. La location d'équipement dans le cadre de festivals représente environ 40% des besoins de notre clientèle », souligne Nicolas Houde, comptable chez ABP Locations. Autrement, l'entreprise répond aux besoins d'événements de plus petite envergure et bien souvent corporatifs, tels des conférences de presse, des colloques, des congrès, des salons, etc.

Forts d'une formation touchant la sonorisation, l'éclairage, l'audiovisuel et d'autres technologies scéniques, plusieurs diplômés décident de lancer leur propre entreprise pour desservir l'industrie du spectacle, affirme Richard Blin, directeur de l'École du Show-Business. « Ils établissent, entre autres, des liens avec les organisateurs d'événements et leur offrent leurs services techniques. L'été est nécessairement une période riche en contrats pour plusieurs d'entre eux. »

Julie Dufresne souligne en effet que plusieurs responsabilités - gestion des communications et des relations de presse, administration, direction artistique, montage technique, accueil des invités et développement du volet jeunesse - sont accordées à du personnel contractuel, avant et durant l'événement.

« La durée des contrats oscille entre sept et huit mois, mentionne-t-elle. Notez cependant qu'il arrive fréquemment que ces contrats se prolongent. Car, parallèlement à l'événement, nous élaborons des projets spéciaux. Le développement d'ateliers pédagogiques destinés aux élèves du primaire et du secondaire est l'un de ceux-là. Par ces initiatives, nous désirons notamment proposer aux jeunes un nouveau regard sur le cinéma et stimuler leur intérêt pour les films d'auteurs. »

Un feu roulant d'activités

Rejoindre la clientèle scolaire fait également partie de la mission du Festi Jazz international de Rimouski, qui s'impose depuis 22 ans dans le calendrier des événements de la région du Bas-Saint-Laurent. « Nous voulons aller au-delà des quatre jours de l'événement et diffuser du jazz durant toute l'année. Une tournée composée d'artistes de la relève a sillonné les routes de la Gaspésie l'année dernière. Étant donné son succès, cette activité sera reconduite. Une personne doit voir à la planification de cette tournée. Puis, nous avons monté un projet pilote qui, en février, proclamé Mois de l'histoire des noirs, propose des ateliers pédagogiques dans les écoles de la région. Un musicien de jazz vient raconter aux élèves les fondements de cette musique qui a évolué et a instauré son rythme à partir des traditions noires », explique Mme Gendron, précisant que l'organisation de cet événement, qui connaît une croissance fulgurante, demande de plus en plus de travail. Cela explique pourquoi deux nouvelles personnes à temps plein ont été embauchées cette année.

Plusieurs événements élargissent ainsi leurs champs d'activité. En plus des journées d'animation et des spectacles faisant rigoler la population et les touristes de la métropole, le Festival Juste pour rire, c'est aussi une série de productions qui se déroulent tout au long de l'année. « Les tournées Juste pour rire, le lancement de nouveaux artistes, les approches pour établir des événements Juste pour Rire à l'étranger et la production de la série de gags, diffusés dans les avions de près d'une centaine de compagnies aériennes et dans plus de 125 pays, sont des exemples de projets qui exigent des suivis à l'année », lance Maxime Charbonneau, relationniste, qui vient de vivre son deuxième Festival Juste pour rire.

Dans le domaine des communications, les besoins sont particulièrement grands. « Il faut bien souvent oublier les semaines de 35 heures, surtout quand approche le mois de juillet, poursuit-il. Ça roule! On vit des moments de forte adrénaline. » L'équipe des communications emploie une quinzaine de personnes : des graphistes, un webmestre, un directeur des communications, un responsable de la mise en marché, etc. Dans son ensemble, Juste pour rire est une grosse machine au sein de laquelle s'activent près de 150 personnes à l'année! Quelques-unes sont même basées à Londres, en France, à Los Angeles et bientôt à New York.

Lieux de découvertes haut en couleur et en saveur

Bouillons d'activités et d'animations spectaculaires, mais également de dégustations culinaires, de créations artistiques et de concours de toutes sortes, les événements culturels sont des lieux de découvertes et de merveilleuses rencontres.

Des artisans et des propriétaires d'entreprises privilégient d'ailleurs ces lieux pour venir présenter leurs nouveaux produits. Fier de ses 50 printemps, le Festival de l'érable de Plessisville ouvre à chaque année son marché public d'antan, permettant ainsi aux producteurs et aux transformateurs de la région de faire découvrir les produits de l'érable et du terroir. Il se déguste environ dix barils de sirop lors de ce festival qui se tient durant le mois de mai. Expo Québec procure également une vitrine aux richesses locales et régionales. Chaque année, quelque 300 exposants répondent présents à l'événement pour venir rencontrer les visiteurs et leur faire connaître leurs produits.

De multiples événements agissent de plus comme incubateurs de talents dans une variété de disciplines artistiques. « Les artistes qui participent à notre événement sont âgés entre 18 et 35 ans, précise Mme Dufresne. Ici, ils ont la possibilité de projeter sur les écrans leurs créations originales. Il faut savoir que la plupart des grands cinéastes d'aujourd'hui ont fait leurs premières armes du côté du court métrage. »

En plus d'accueillir de grands noms de la musique punk, rock et populaire, tels Simple Plan, The Tea Party, Jean Leloup, Zachary Richard et Les Cowboys Fringants, Woodstock en Beauce encourage la relève musicale et les artistes moins connus en leur offrant la possibilité de faire des prestations devant un public toujours grandissant. Notez que des 5 000 personnes qu'elle comptait à ses débuts en 1995, la foule du Woodstock en Beauce se chiffre aujourd'hui à près de 80 000 personnes!

Le Festival de la chanson de Tadoussac, qui a remporté le prix de l'événement de l'année au gala de l'ADISQ en 2006, est également l'occasion pour un grand nombre d'artistes de vivre l'expérience de leur première scène.

Festivité et visibilité

En somme, la vigueur du milieu des activités culturelles est le fruit du travail de divers professionnels et techniciens qui arriment leurs efforts et leur expertise pour que s'exprime la féerie sous toutes ses formes : manèges, chars allégoriques, danses, courses, fanfares, animation urbaine, etc.

À ce chapitre, le génie québécois produit des échos à l'international. Par exemple, avec ses désopilantes activités comme la marche aux flambeaux et la course dans les corridors des sous-sol de la ville, Montréal en lumière attire chaque année plus d'une trentaine de représentants de médias étrangers (Mexique, Grande-Bretagne, France, États-Unis, Allemagne, etc.). Ici comme ailleurs, le milieu effervescent des festivals fait jaser. C'est d'autant plus vrai quand on réalise que le lancement annuel de la programmation de grands événements, tels le Mondial des cultures de Drummondville, Les Grands Feux Loto-Québec et le Challenge sur glace Continental-Sherbrooke, constitue déjà des événements en soi!

Cet intérêt pour les festivités québécoises, qu'elles soient régionales ou internationales, procure bon an mal an de nombreux emplois et, aux régions, une impressionnante visibilité. C'est une fenêtre sans pareille à travers laquelle le monde peut admirer le cachet festif, créatif, voire distinctif du Québec, à travers laquelle les villes vibrent, les villes brillent!


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