 |
 |
Chroniques


Fabrication industrielle et manufacturière :
on se serre les coudes en attendant la reprise
Affectées par la récession, les entreprises du secteur de la fabrication industrielle et manufacturière se font prudentes et jouent de stratégie pour traverser cette crise sans y laisser trop de plumes. Cette situation a évidemment des répercussions sur la main-d'œuvre : alors qu'en temps normal, le recrutement est un enjeu important dans ce secteur, pour le moment, on doit plutôt se serrer les coudes en attendant la reprise.
C'est le cas chez Hydro-Mobile, une entreprise de L'Assomption qui conçoit et fabrique des plates-formes de travail se déplaçant le long de mâts verticaux (utilisées notamment en construction), ainsi que chez CMP, une entreprise de Châteauguay qui produit des boîtiers métalliques que l'on retrouve dans différents appareils comme les électrocardiographes ou les nouvelles caisses automatiques de certains supermarchés. Ces deux entreprises pour qui les États-Unis constituent le principal marché ont rapidement ressenti les effets de la crise : confrontées à une diminution des commandes, elles ont dû ralentir leur production, procéder à des mises à pied, qu'elles souhaitent temporaires, et adhérer au programme de travail partagé du gouvernement fédéral. Cette mesure permet aux travailleurs qui acceptent de réduire leurs heures de recevoir de l'assurance-emploi, ce qui aide autant l'entreprise que ses employés à traverser une période difficile.
Josée Grilli, directrice des ressources humaines chez Hydro-Mobile, explique : « Dans ce contexte, nous misons particulièrement sur la recherche et le développement de produits et le développement de nouveaux marchés. Nous avons déjà des contrats au Moyen-Orient et nous continuons nos efforts pour développer le marché international. Ainsi, nous avons besoin de gens bilingues pour travailler dans nos bureaux, qui sont toujours difficiles à recruter. En temps normal, nous recherchons également des chargés de projets, des ingénieurs civils spécialisés en structures, des soudeurs mais aussi et surtout, des techniciens. Il y a de belles possibilités d'emploi comme technicien, mais il manque de candidats car la plupart poursuivent leurs études à l'université. Il y a aussi un désintéressement pour les métiers traditionnels alors nous devons mettre en place des mesures pour attirer des candidats. De plus, nous devons faire connaître notre entreprise: tout le monde ne sait pas qu'il y a des possibilités de carrières internationales à L'Assomption! »
Pour minimiser les effets de la crise, CMP a elle aussi choisi de miser sur la recherche de nouveaux contrats et sur le développement de produits. Sonia Arseneau, conseillère en ressources humaines chez CMP, commente : « En ce moment, nous avons surtout besoin d'ingénieurs mécaniques pour la conception et le développement. Mais habituellement, nous devons déployer différentes stratégies pour recruter des soudeurs et des travailleurs en usine. Nous sommes présents dans les centres de formation, nous offrons des stages et des emplois à temps partiel aux étudiants au DEP et nous donnons beaucoup de formation en entreprise. Nous formons d'ailleurs certains de nos travailleurs pour qu'ils puissent remplir plusieurs fonctions dans l'entreprise. La rareté de la main-d'œuvre industrielle spécialisée est un enjeu dans notre secteur et il est urgent d'inciter les étudiants à aller vers les métiers plus manuels, qui sont souvent dévalorisés à tort. Nous avons besoin de ces travailleurs intelligents et dotés d'habiletés manuelles qui comprennent bien comment fonctionnent les choses concrètement. Dans les prochaines années, nous aurons entre autres besoin de relève pour les postes techniques. »
Chez Arborite-Division de ITW Canada, une entreprise de LaSalle qui fabrique du stratifié haute pression utilisé notamment dans la fabrication de comptoirs, la prudence est aussi de mise. « Nous avons fait des mises à pied temporaires après la période des fêtes, dit Pia Charron, directrice des ressources humaines, mais depuis, tous nos employés ont été rappelés et nous fonctionnons presque à plein régime. Grâce à notre accréditation GREENGUARD (qui certifie les matériaux de construction à faible émanation chimique) nous avons des contrats de nature plus stable, reliés à la construction et à la rénovation d'édifices publics (écoles, hôpitaux, etc.), qui nous aident en temps de crise. Par contre, la situation actuelle rend plus difficile l'ajout de nouveaux employés pour assurer le transfert des connaissances de nos futurs retraités (environ 12 % dans les cinq prochaines années). Il n'est pas facile d'attirer les jeunes vers le secteur manufacturier, qui n'est pas très glamour et qui est fragilisé par des crises comme celle-ci. Heureusement, chez nous, le roulement de personnel n'est pas un problème majeur. Nous tâchons de créer un lien participatif et interactif avec nos employés et ils restent longtemps chez nous » ajoute-t-elle.
Dans ces trois entreprises, on a bien espoir que les signes de reprise se concrétiseront prochainement. « Nous avons deux clients potentiels pour septembre et nous espérons que ces contrats nous permettront de rappeler les travailleurs mis à pied », indique Mme Arseneau. « Si tout va bien, la reprise pourrait se faire sentir en septembre », espère aussi Mme Charron. « Notre contrat pour la Freedom Tower à New York devrait nous donner une belle visibilité. Cette crise nous sort de notre zone de confort et nous force à revoir nos processus. Nous en sortirons grandis », conclut sagement Mme Grilli.
|
 |