Accueil > 40 carrières lauréates > Administration, finances et commerce

Administration, finances et commerce

Christian Vinet, Agroéconomiste

RETOUR À LA TERRE

Enfant, Christian Vinet tombe en amour avec l'Isle-aux-Grues, où ses parents possèdent une résidence secondaire. Il se lie d'amitié avec Simon Painchaud, un producteur laitier local également à la tête de la coopérative agricole opérant une fromagerie, qui est à la base de l'activité économique de l'endroit. Signe du destin, c'est Christian qui, bien des années plus tard, reprend le flambeau alors que la fromagerie menace de fermer ses portes.

Faire sa marque

Citadin, fils d'une mère médecin et d'un père vice-recteur d'université, Christian Vinet a défié les lois de la probabilité. À 38 ans, cet agroéconomiste, détenteur d'un baccalauréat en agroéconomie de l'Université Laval, tient fermement les cordeaux de la Société coopérative agricole de l'Île-aux-Grues, petite localité de 120 âmes située au centre du Saint-Laurent, entre l'Île d'Orléans et l'Isle-aux-Coudres.

Très tôt, le jeune Christian se démarque. Il obtient une bourse de la SOQUIA, une filiale de la Société générale de financement du Québec (SGF), pour son intérêt porté à la gestion agricole, une bourse d'excellence du Centre de recherche en horticulture (CRH) de l'Université Laval, une bourse de La Coop fédérée, pour le meilleur dossier académique en agro-économie… Son talent est définitivement reconnu.

En 2002, alors qu'il est directeur général de la fromagerie, Christian devient le plus jeune membre de l'Ordre des agronomes du Québec à recevoir la médaille de distinction décernée par ses pairs. Et, tout récemment, la municipalité régionale de comté (MRC) de Montmagny le nommait personnalité économique de l'année.

Terre d'adoption

Pendant 10 ans, Christian travaille l'été à la ferme de monsieur Painchaud, qui l'initie à l'agriculture. « L'expansion de la coopérative était très importante pour lui, raconte Christian. Elle permettait à l'Isle de valoriser sa matière première : le lait. Adolescent, j'ai été témoin des projets de mise sur pied de la fromagerie, puis de son agrandissement et de la mise aux normes des installations, de la levée de fonds pour permettre sa modernisation. »

« Je savais déjà que je voulais travailler en agriculture. J'ai entrepris une formation en génie rural pour tout ce qui touche la machinerie agricole et les différents systèmes mécaniques sur la ferme. Mais en cours de route, j'ai été attiré par l'agroéconomie, c'est-à-dire la gestion du milieu agricole. »

Christian termine sa scolarité en 1996. Économie, gestion, agronomie, marketing : cette formation multidisciplinaire aurait pu lui ouvrir bien des portes. « Après mes études, j'aurais pu travailler dans une tour de bureaux, pour un syndicat en gestion agricole, chez un producteur ou une institution financière. Mais je voulais être sur le terrain. Comme mes parents n'étaient pas agriculteurs, à mes débuts, l'achat d'un ferme laitière aurait été difficile », témoigne ce dernier.

« En dernière année de bac, j'avais réalisé une analyse des performances technico-économiques, possibilité de marché, etc. de la fromagerie de l'Isle-aux-Grues qui existait depuis déjà près de 20 ans. J'avais eu accès aux livres comptables. La fromagerie, alors en mauvaise posture, se spécialisait dans le cheddar. J'ai entre autres amené l'idée de diversifier la production. Les membres de la coopérative m'ont rapidement fait savoir que si j'étais capable de mettre en application mes idées, on m'engagerait. »

Christian obtient un contrat de deux ans comme directeur des ventes. Il s'occupe de l'administration, du développement des produits, du marketing et bien sûr, de la vente.

« Ma formation m'a été utile dans bien des aspects de mon travail : la transition de la théorie à la pratique a été rapide. Mais pour certaines choses, comme la mise en marché de produits notamment, j'ai appris sur le tas. »

Jouer le tout pour le tout

Deux ans plus tard, on lui remet les commandes du navire. La situation est toujours précaire et la mise en marché de nouveaux produits s'impose plus que jamais. Christian entreprend une formation à l'Institut de technologie agroalimentaire (ITA) de Saint-Hyacinthe afin d'en apprendre davantage sur la fabrication du fromage à pâte molle. Il visite aussi nos cousins français et il rapporte quelques secrets. Il met au point une première recette originale et profite de la fête de la Mi-Carême, qui attire le regard des Québécois sur l'Isle-aux-Grues, pour lancer un fromage éponyme. L'initiative connaît un succès instantané.

« On a joué le tout pour le tout, mais on avait zéro sou en poche pour la mise en marché et le marketing. Si ça ne marchait pas, c'était terminé. »

La seconde opportunité lui sera offerte sur un plateau d'argent par l'artiste-peintre Jean-Paul Riopelle, un résidant de l'Isle. Habituellement frileux en ce qui concerne l'utilisation de son nom, celui-ci permettra à la fromagerie de mettre en marché un fromage portant son nom et de créer la Fondation Riopelle-Vachon dont la mission est de supporter des étudiants prometteurs de l'Isle-aux-Grues et de protéger les écosystèmes et la diversité biologique du milieu naturel.

Depuis, la production s'est enrichie de nouveaux fromages, dont plusieurs ont décroché des prix d'excellence. Mais la progression de l'entreprise ne se sera pas faite sans heurts. « Nous avons dû nous battre pour passer à travers la crise de la listériose, qui a frappé toute l'industrie, en 2008, donne-t-il en exemple. Il fallait y croire et faire les bons choix. »

—————

Une pénurie importante

« Le secteur agroalimentaire compte pour environ 15 % de l'économie québécoise, explique Flore Fournier, responsable de stage dans le programme d'agroéconomie de l'Université Laval. Les agroéconomistes sont une denrée rare. On constate une pénurie chronique depuis au moins 20 ans. »

« Une formation d'agroéconomiste peut conduire à des professions variées, dans un ministère, une institution bancaire, sur une ferme, comme propriétaire ou comme consultant pour une ferme établie. Les diplômés peuvent travailler à tous les niveaux de la chaîne, de la production à la distribution, et plus. »

« Pour faire ce métier, il faut avoir la passion pour la résolution de problèmes! Il faut aimer la biologie, la chimie et aussi les chiffres. Il faut aussi être à l'affût des conjonctures politiques et des politiques agricoles en vigueur, dont dépend souvent cette industrie. »


<<< retour